jeudi 24 mai 2012

Le Paradoxe

Ouf!

L'élection est passé, on a viré le petit connard, on peut maintenant tourner la page.

Mais finalement, qu'a-t-on fait? On a élu un nouveau président parce qu'on n'a pas apprécié la politique du précédent. Le nouveau a même établit son premier gouvernement, qui a le mérite au moins d'apporter du sang neuf. Est-ce que ce sang neuf apportera des idées neuves? Cela reste à voir.

L'homme du moment!
Le changement c'est maintenant. Cela veut dire quoi? On remplacé une sale gueule par une autre (bon un peu plus propret, peut-être, mais c'est un détail). Cette nouvelle tête s'est entourée d'autres nouvelles têtes. Et alors? Est-ce que la sale gueule en question était l'Alpha et l'Oméga de la politique? Et d'ailleurs, était-ce la politique qui nous gênait? Bien des gens pensent que la politique qu'il a menée était inéluctable, qu'il va falloir continuer, quelque soit son successeur, qu'on va avoir des années à baver, et on ne pourra rien y faire. Or c'est cette politique qui est suivi qui est le problème, pas les gens qui l'ont mené.

Mais, s'est-on réellement penché sur le problème? En personnalisant le vote, on a exagéré le caractère émotif, sans réellement étudier en étudier le caractère structurel de la question. C'est facile à faire quand on voit l'impact sur la vie des gens ordinaires qu'ont les décisions prises par nos dirigeants. Chômage et sous emploi enracinés ont grillé une génération entière et sont en passe pour griller une seconde. Mais si on regarde la question de façon dépassionnée, on s'aperçoit qu'il y a en fin de compte deux problèmes que l'on peut qualifier 'd'économique' au sens grec du terme, c'est à dire dans la gestion de notre maison, la nation. L'une est la dette publique (ou le déficit, c'est en fait la même chose), et l'autre est l'économie (dans le sens plus moderne du terme) en berne.

Les deux sont liées mais non de la manière que l'on croit.

Commençons par la dette. Car c'est la dette qui semble tout empêcher. Tout le monde pense qu'avec son déficit colossal, la France, comme tous les pays d'Europe n'a pas les moyens de mettre en oeuvre sa politique (quelle que soit cette politique). C'est déjà discutable, car la France a trouvé les moyens de débloquer des sommes considérables pour sauver les banques (alors qu'elle était déjà au bord du gouffre) ou pour envoyer des troupes en Afghanistan ou en Côte d'Ivoire. (On pourait croire que ces opérations ne coutent rien, tellement on s'inquiète peu de combien elles plombent le budget). Mais quand il s'agit des besoins sociales (hôpital, écoles, retraites), les caisses sont soudainement vides.
Il faut distinguer le vrai...

Il faut commencer par oublier les caisses: elles n'existent pas. Les finances de l'Etat sont simplement un système d'entrée et de sortie d'argent. Les finances publiques ressemblent bien plus à un compte courant qu'à un compte d'épargne. Et à l'instant T, à ce moment, on est déficitaire, dans  le sens que plus d'argent sort que ne rentre.

On a tendance à comparer les finances de la nation aux finances ménagères. L'analogie peut marcher, mais que jusqu'à un certain point. D'abord, un ménage a une durée de vie fixe, et donc les sommes dont il pourra disposer, son crédit, est limité dans le temps. D'autre part, l'argent qu'il reçoit, ses ressources, est plutôt fixe, puisque limité à son salaire, et dans une moindre mesure les produits de ses réserves (les revenus de son épargne, son patrimoine immobilier). Ce salaire peut varier certes: on peut espérer qu'il va croître même, mais en fin de parcours pas tant que cela. les ressources d'un ménage sont à la fois déterminées et prévisibles.

Tout ménage vit avec des déficits, parfois ponctuels (les trous dans le mois), parfois structurel (le prêt à la banque). Mais en fin de parcours, c'est à dire en fin de vie, le bilan du ménage sera quasiment nul, c'est à dire que les sorties d'argent seront quasiment égales aux rentrées d'argent. Si un ménage devait vivre selon les règles de l'Union Européenne pour les états, il serait impossible d'acheter une maison: cela représenterait un déficit astronomique dans nos finances. Une maison coûte trois à cinq fois le salaire annuel du ménage. Si on rajoute cette charge au dépenses ordinaires (le gaz, l'électricité, etc), cela représenterait un déficit de 600% de notre produit ménager brut.

C'est pour cette raison que les banques ne réfléchissent pas en termes de déficit quand ils nous offrent un prêt. Ils raisonnent en termes de capacité de remboursement, dont un facteur important est le temps nécessaire pour rembourser.

circulez, il n'y rien à voir...
Lorsqu'on raisonne en termes de capacité de remboursement, on peut remarquer que les capacités d'un état sont illimités, puisqu'il n'y a aucune limite dans le temps pour effectivement rembourser. En plus, l'état a beaucoup plus d'emprise sur ses revenus qu'un ménage, puisqu'il peut les ajuster selon ses besoins. Finalement, la dette peut sombrer dans l'insignifiance. Les États-Unis n'ont jamais officiellement remboursé leures dettes pour la guerre de 40, tout simplement parce qu'ils l'ont remboursé indirectement par la croissance des Trente Glorieuses. La dette a perdu toute importance économique. Le plein emploi et l'imposition progressive ont rendu la dette caduque. En 1960, Eisenhower quitte la Maison Blanche en laissant les 'caisses' pleines. Il a laissé à son successeur un budget équilibré, ou un chéquier approvisionné. Dans une conjoncture pareil, le rachat des bons de guerre serait passé inaperçu dans les affaires courantes de trésorerie.

On craint toujours que nos enfants devront payer notre dette publique, alors que c'est nous-mêmes qui la payons. Il n'y pas de dette, il n'y a qu'un déficit. On s'en aperçoit lorsqu'on regarde comment les successeurs utilisent les comptes de finances publiques. Quand Kennedy arrive au pouvoir et trouve son chéquier plein, il propose un grand projet à son pays: nous irons à la lune. Quand Bush II arrive au pouvoir et trouve le chéquier plein, il partage le fric avec ses potes. Les comptes américains sont au rouge avant même la chute des deux tours. Les exemples sont américains, mais conclusions sont universelles. La situation financière d'un état n'existe que dans le présent. C'est la gestion politique d'une nation qui en assure sa santé financière.

En fait, il faut considérer le déficit comme un découvert et la dette comme des agios. Il est vrai que nous traînons ce déficit depuis fort longtemps déjà et que les agios commencent à faire lourd. Mais c'est comme ça. Ce n'est pas si grave. Le Japon a trainé un déficit représentant 200% de son PIB. Cela ne l'a pas empêché d'être la troisième puissance économique de la planète. Parfois même, il faut se servir de ce découvert autorisé, voire l'étendre pour faire face à un moment difficile.

Le problème auquel doit faire face l'état est le déséquilibre entre revenus et dépenses. A l'heure actuelle, l'état fait entrer moins d'argent qu'il n'en voit sortir. La logique de l'austérité, c'est de maîtriser les dépenses et augmenter les revenus. Cela peut paraître logique, si ce n'était que lorsqu'on parle d'austérité, on ne nous parle que de réduction de dépenses.

Si maîtriser les dépenses se résume à simplement les réduire, on ne peut guère faire mieux que ce que l'on fait actuellement. Les salaires de la fonction publique sont gelés depuis bientôt vingt ans, les services à faible rendement ont été supprimés: des cliniques dans des bourgs ruraux sont fermées, bien des gares sont désaffectés, des classes se ferment et des bureaux administratifs, tels que postes et mairies, tournent à mi-temps en campagne. Même l'armée en prend pour son grade avec des bataillions entiers de supprimés. A moins de carrément démanteler la fonction publique (ce qui peut être le but inavoué des dirigeants, mais ne faisons pas de procès d'intention), il est difficile de voir ce qu'on peut faire de plus.

Quand Nicolas Sarkozy remarque durant le débat de 2007 que 53% des dépenses c'est les fonctionnaires, il présente ce chiffre comme une dépense excessive. Si on a trop de dépenses dans l'état, c'est qu'il y a trop de fonctionnaires. Pour lui, comme pour beaucoup de gens, le travail est un coût. Et tout coût doit être réduit.

Rendre à César ce qui est à César
Le problème avec une logique pareil, c'est qu'on éteint l'embauche et par conséquent on éteint le service à rendre. Que l'état embauche ses agents directement, ou qu'il délègue la tâche à des tiers, il faudra qu'il paie le service. Donc si l'état veut sérieusement réduire ses dépenses il faudra qu'il démantèle ses services. Vu que les gouvernements successifs ont a réduit tous leurs services à leur effectif minimum, il n'y a plus vraiment de marge de manoeuvre, à moins de supprimer des services. Lesquels supprimer? Les écoles? L'armée? La maintenance des routes? Qui reprendra ces services, par nature déficitaires? Tout comme une industrie qui cherche à réduire ses effectifs pour un travail nécessaire finit par réduire son offre, et surtout sa principale source de revenu.

Quand Nicolas Sarkozy avance que le personnel représente 53% des dépenses publiques, il faut au contraire se réjouir, car cela veut dire que pour chaque euro donné à l'état, 53 centimes vont pour payer les agents eux-mêmes, c'est à dire que plus de la moitié des impôts et des taxes paye le service effectivement rendu: le policier, l'enseignant, le gardien de musée ou l'équipe médical. Le reste paye les prestations sociales (allocations familiales, etc.), les biens publiques (le Charles de Gaulle, une nouvelle autoroute, une école, ou des tramways) et enfin des frais de fonctionnement. En plus, une bonne part de ces 53% retourne dans les caisses de l'état, sous forme d'impôts et de taxes à la consommation. Un fonctionnaire, c'est rentable!

Avancer que le travail est un coût revient à énoncer un oxymore. L'investissement n'a de sens que dans le travail. Un investisseur donne de l'argent à un entrepreneur pour qu'il ait les moyens de mettre en oeuvre son projet. Ces moyens sont avant tout humains. Si l'entrepreneur pouvait faire aboutir le projet seul, il n'aurait pas besoin d'investisseurs. Mais comme le travail à faire représente plus que ce qu'il peut faire seul il doit faire appel à de la main d'oeuvre, ce qui va épuiser ses moyens financiers propre, d'où le besoin d'investisseurs. Comment l'investisseur pense-t-il récupérer sa mise? En vendant le produit fini. A qui? certainement pas à lui-même, puisqu'il a avancé l'argent de départ. Donc il le vend aux autres. A ceux qui ont besoin du produit, ceux qui ont travaillé à le faire, ceux qui ont travaillé à faire les outils nécessaires à ce produit, etc. C'est en assurant le travail qu'on assure le retour sur investissement. C'est pourquoi un investisseur qui place un euro à l'étranger a tout intérêt à en placer trois chez lui. S'il avance que seul l'étranger vaut la peine de recevoir des investissements il ne pourra plus vendre son produit chez lui. Et il se tire une balle dans le pied.


Si les entreprises ne veulent plus investir en France, l'état doit devenir l'investisseur d'ultime recours. C'est le grand avantage qu'à la France - et tous les autres pays d'Europe, d'ailleurs - sur les Etats-Unis d'Amérique. Aux Etats-Unis, l'état peut faire les dépenses nécessaires aux besoins collectifs (ces dépenses manquent cruellement, de part et d'autre de l'Atlantique), mais c'est tout. En Europe, on peut faire ces dépenses également, mais un pays peut aussi investir dans son économie et tirer les bénéfices de cet investissement. L'état non seulement peut bénéficier du chiffre d'affaire, mais il récupère une bonne part de sa mise par le biais des impôts et des taxes à la consommation, tout comme il le fait pour les fonctionnaires. Du coup, il peut tabler sur des échelles de temps bien plus long pour assurer la rentabilité de ses investissements; il peut penser bien plus aux besoins réels et bien moins à la rentabilité immédiate, car la rentabilité à court terme est assurée autrement. Un investissement pour un état comporte nettement moins de risques que pour un investisseur privé. Le secteur privé n'a que les revenus du chiffre d'affaire pour récupérer sa mise et donc devient bien plus conservateur pour assurer sa survie.
Qui dit que les caisses sont vides?

Malheureusement, loin d'investir, l'état désinvestit dans l'économie. Les vingt, voire les trente dernières années sont dominées par les dénationalisations. Les banques, TF1, Renault, Saint-Gobain, EDF, GDF et bien d'autres entreprises publiques ont été transférés au privé. Si leur ventes ont mis du beurre dans les épinards ponctuellement, personnes ne s'est demandé comment remplacer les revenus que généraient ces entreprises sur le long terme. Le déficit de l'état est bien plus un problème de chutes dans les recettes que de dépenses "galopantes". Les pertes de revenu des entreprises publiques en sont une raison importante.

Ces dénationalisations arrivent en même temps que les désinvestissements du privé dans l'industrie en France, ce qui entraine une perte de recettes encore plus importante: la réduction de l'assiette d'impôts, c'est à dire du nombre de personnes payant des impôts sur leur revenu: plus il y a de chômeurs, moins il y a d'imposés, et moins il y a d'argent qui entrent dans les finances publiques; c'est arithmétique. Comme ces chômeurs dépensent moins, il y moins d'impôts indirects également. A cela, il faut rajouter le gel des salaires ainsi que le recours de plus en plus systématique au temps partiel, et les embauches bien au delà des capacités réelles des candidats: le sous-emploi, qui plombe d'autant les recettes de l'état. Moins les gens gagnent, moins ils payent d'impôts.

Ce n'est pas les taxes indirectes qui parviendront à compenser ces pertes. Les taxes indirectes, telles que la TVA ou la TIPP sont liées à la consommation, et par conséquent liées à la capacité de consommation d'une société. Les hauts revenus ne peuvent pas consommer assez pour justifier la taxe et les revenus modestes sont limités par leur modestie même. Toute augmentation de la TVA serait annulée par le recul de la consommation.

Ah, les petits cubes...
C'est en augmentant ses dépenses que l'état réduira son déficit. Que ce soit la France qui agit seule (ce qui serait déjà bien), ou de concert avec le reste de l'Europe (ce qui serait encore mieux), il faut une politique volontariste d'intervention dans l'économie, c'est à dire des dépenses. Ces dépenses doivent être maîtrisées, bien sûr. Elles doivent être ciblées pour répondre aux besoins d'intérêt général, qu'il s'agisse du court terme (investissements dans l'équipement, l'éducation, la santé; reprise en main des finances) ou du long terme (nouvelles technologies pour répondre aux problèmes d'énergie  ou d'environnement; restructuration agricole pour les besoins d'eau et pour réduire la pollution) seul l'état a les moyens et le recul nécessaires pour y parvenir. Mais ces augmentations de dépenses seront compensées par les augmentations de recettes fiscales d'abord, économiques par la suite.

Ces dépenses doivent être en outre compensées par le retour à une fiscalité progressive, les recettes de l'état augmenteront et donc attireront par la suite le privé qui saura être assuré du retour sur investissement. De même que comme l'état peut récupérer une part de sa dépense par la fiscalité, de même le privé peut récupérer une part de la fiscalité progressive exigeante par l'achat de bons d'investissement du trésor public. La boucle serait bouclée.

Or, c'est l'inverse qui s'est produit. Arrivé au pouvoir en 2000, Bush a fait évanouir le surplus que lui a laissé Clinton en faisant baisser les impôts sur les plus haut revenus. En 18 mois, le pays s'est trouvé avec un déficit record, et aucune amélioration dans les services publiques. Au contraire, même: les services de police ont raté l'infiltration islamiste, tellement ils étaient devenu nuls. En France, on fait la même chose: le bouclier fiscal, la suppression des taxes d'entreprises, les heures sup' défiscalisées n'en sont que des avatars récents. Et les services publiques en pâtissent: écoles surpeuplés avec des classes dans un état de décrépitude avancé, routes enneigés avec une voie déblayée, de plus en plus d'affaires de justice gérées par de moins en moins de magistrat... C'est à croire que l'état mène une politique délibérée d'autodestruction.

On justifie la politique d'austérité comme une nécessité pour rétablir la confiance des marchés. Or avec l'austérité, on voit plutôt une course effrénée des marchés vers la porte de sortie. On pourrait croire à l'efficacité de cette politique si elle était suivie par une entrée massive de fonds d'investissement dans des pays comme la Grèce ou l'Irlande, qui l'appliquent à la lettre. C'est le contraire qui s'est produit. Depuis la mise en place d'une politique d'austérité, la Grèce a vu son crédit dégradé au niveau d'un investissement toxique et une disparition quasi totale des investisseurs, ainsi qu'un taux de chômage équivalent à celle de la grande crise des années trente. Même à des taux exorbitants, personne ne veut acheter des bons grecs, car rien ne garantit le retour sur investissement. En effet, peut-on avoir confiance dans une personne dont les recettes ne cessent de diminuer, et qui fait tout pour diminuer ses recettes?

... du faux!
Nous revenons à notre comparaison avec une banque qui accorde un prêt à un ménage: il fixe son accord sur la capacité qu'a ce ménage à rembourser. De même que la banque rechigne à faire un prêt à quelqu'un dont les revenus sont en baisse et qui passe son temps à claquer son fric, de même il rechigne à prêter à un état dont les revenus ne cessent de se réduire, et dont les politiques accélèrent cette baisse plus qu'autre chose.

S'il faut une politique "d'austérité", cette austérité doit être partagée par tous, sous la forme d'une fiscalité fortement progressive: plus tu gagnes, plus tu payes d'impôts proportionnellement. Lorsqu'une personne cent millions d'euro, et en laisse 90% à l'état, cela lui laisse dix millions d'euro; l'impôsé ne sera pas sur la paille pour autant. Les abattements fiscaux doivent également être établi en vue de l'intérêt général: en  réinvestissant dans des entreprises à forte main d'oeuvre en France, tes impôts seront réduits d'autant. Mais il faut surtout rappeler que servir l'intérêt général, revient à servir son intérêt particulier. Avec les impôts, on construit les routes qui transporteront les marchandises, on construit les écoles qui formeront les employés à venir..

Mais la plus grande austérité sera celle imposée à l'état même qui devra assumer une dette conséquente pour financer la relance. Le paradoxe c'est que, une fois lancée l'économie résorbera automatiquement la dette. Cela se voit aujourd'hui en regardant la santé économique de pays qui l'applique, telle que l'Argentine ou l'Islande; même le stimulus package au début du mandat d'Obama, quand bien même largement insuffisant, a aidé le pays à éviter le pire. En Europe, comme en Amérique, on n'a jamais vu le peuple plus riche, l'économie plus saine, les finances plus stables que lorsqu'il y avait des salaires élevés, une fiscalité progressive et une politique économique interventionniste.

On ne voit guère que deux personnes en France qui aient saisi même partiellement le sel de ce paradoxe: Villepin pour l'investissement public dans l'industrie, et Mélenchon pour le besoin d'une fiscalité progressive. Ce serait intéressant de voir le PS se mettre entre les deux pour créer la dynamique nécessaire et relancer l'économie, et réellement rétablir la confiance.

mardi 8 mai 2012

Après la bataille..

C'est vrai que quand on bosse dans les salles d'un musée, il n'y pas grand chose à faire de sa journée à part discuter. Et j'adore discuter. "Tu as la tchatche", me dit ma femme. Et c'est vrai que je suis capable de passer un bon moment à discuter de tout et de n'importe quoi avec un passant dans les salles. Les visiteurs sont une source intarissable de discussions. Mais c'est avec les collègues que l'on peut avoir les meilleures conversations: des conversations qui durent des jours entiers. Le problème vient quand on commence à discuter par blog interposé. Je n'ai pas toujours le temps de m'asseoir pour rédiger une réponse. Et mes postes tardent à venir. Mais, parfois, il faut y aller!

*       *       *

Voilà qu'un pote durant l'élection présidentielle m'apostrophe au beau milieu de son apologie de Sarkozy:

« Moi, les banques, je les aurais laissées s’effondrer », me disait un collègue cégétiste et néanmoins ami du musée (oui, parce que moi, j’ai des amis d’extrême gauche…). Mais bordel, Francis, si ta banque s’effondre, tu t’effondres encore plus ! C’est facile à comprendre, ça, non, que des pauvres comme nous ont besoin de riches comme eux ?

Bon, je reconnais que j'avais sorti la phrase un peu en provoc'. Fallait-il laisser tomber les banques? Est-ce que la situation aurait-été pire qu'elle l'est actuellement? Ben, la question peut se poser, quand on voit l'Espagne avec un taux de chômage comparable à celle de la Grande Crise des années 1930. On peut légitimement se demander si le sauvetage des banques leur a évité le pire. Même les Grands Sages de l'OCDE commencent à se demander s'il n'aurait pas mieux valu laisser tomber les banques...

Sarkozy s'est présenté comme le champion de l'austérité nécessaire et la pensée libérale (même s'il s'est gardé de l'appliquer à la lettre). Il est en somme, un nouveau Reagan. Comme Reagan, il a postulé la justesse d'un bouclier fiscal, et comme Reagan, il l'a fixé à 50%; comme Reagan, il a supprimé la taxe sur les entreprises, et comme Reagan, il a montré un sens pragmatique et concédé des points à une opposition en augmentant les impôts à des moments clefs. Mais sa pensée centrale, son idéologie est de réduire la présence étatique et favoriser le secteur privé.

Le problème, c'est qu'une telle politique anéantit la notion d'un contrat social et le remplace par une logique du plus fort. Je trouve qu'au nom même de cette idéologie libérale, au nom même de la réduction de l'intrusion étatique dans les affaires économiques, et donc, de la sélection naturelle économique (ce qu'on appelle le darwinisme sociale) qu'il fallait laisser tomber les banques. Les mauvaises entreprises font faillites; les bonnes prennent leur place. C'est dur et c'est cruel, mais la règle du jeu. Mais la nature est dure et cruelle; et comme mon copain auteur de l'article se plaît à me le rappeler: la nature, c'est l'intrusion du réel.

En Islande, un des paradis fiscaux de naguère, on a bel et bien laissé tomber les banques; on a même rappelé les banquiers à l'ordre, les condamnant pour détournement de fonds. On a même écrit une constitution plus socialement juste. L'Islande se porte comme un charme. tandis que l'Espagne et l'Irlande qui appliquent l'austérité à la lettre voient leurs économies plombées et leur crédit effondré. Peut-être que le modèle islandais mérite qu'on se penche un peu dessus.

Qu'ont-ils fait, à vrai dire? Ils ont laissé les banques s'effondrer, mais ils ne se sont pas contenté de regarder les décombre: ils ont maîtrisé l'effondrement. Ils ont laissé les grands institution financières faillir, mais ont  sauvé les banques qui assurent la véritable économie, celle qui finance l'industrie et s'occupe de l'épargne des gens. Ils ont même fait plus: ils ont soumis ces institutions à la loi. Ils ont mis les filous sous les verrous.

En Islande, le sauvetage des banques s'est fait sous des conditions draconiennes, et c'est ainsi que le sauvetage des banques aurait dû se faire dans le monde entier. En Islande, ils en ont profité pour rétablir le contrat social et mettre fin à la loi du plus fort. Ailleurs, ils ont sauvé leurs potes pour qu'il puissent encore et toujours démanteler le contrat social.

Je ne vois pas enfin à quoi les riches peuvent m'être utiles: est-ce qu'il assurent ma santé et celle de ma famille, de mes amis ou de mes concitoyens? Est-ce qu'ils financent ma retraite? Est-ce qu'il nettoient les accident pétrolières en Afrique? Est-ce qu'il reconstruisent les Appalaches? Est-ce qu'ils font au moins leur boulot, qui est d'investir près de chez moi pour assurer l'embauche et donc stimuler la croissance?

Je trouve bien plaisant qu'il disent que les états ne doivent pas assurer la sécurité de leurs peuples mais doivent tout laisser tomber pour les sauver de leur propre merde. Nous avons raté la dernière occasion pour rétablir l'équilibre entre la société et l'économie. Espérons que nous pourrons saisir la prochaine.

Car il y aura une prochaine.

vendredi 13 avril 2012

Surfin'


Two sites that I often check up on to get the News are Truthout and Reader Supported News. Both are basically alternatives to Time and in fact offer and interesting sprinkle of what's in the news States' Side. They also are the only place I know of that give regular coverage to the Occupy movements and its aftermath. And of course, now that the main thrust of the movement is past, various other configurations are cropping up in its wake. One article leads to another, and you find yourself knee deep in discussions about something you in fact know nothing about!

Well that's not absolutely true. In that last article, an Occupier was blasting a 99% organizer, as if it were the enemy. I may not be up to speed about OWS or even the 99%, but I do know a little something about organizing, and I have my opinions about the relationship that should exist between the organizers and the organized. So I posted an answer. and here it is, in italics, with some added comments.

"We were then asked to come up with some ideas about direct actions we could take."

That is the key with what was 'wrong'. If you want to fight, then you have to know what to fight for. If the organizers start by asking you what YOU want to do, then I'd say they're on to something.

If you come to these 'organizing' situations expecting to be told what to do, then it is you who are subverting OWS. For the entire point of the Occupy movement is to take back power. But that means learning to chose, to think for yourself, and organize the follow through that ensures success.

As a union rep in France, nothing irritates me more than the attitude that asks 'what are the unions doing'. Because the only answer to that is what are you doing?

That being said, you had the right idea in swapping phone numbers with your neighbor. That way both can look for what you need, and share your finds with each other and with others. That's what OWS is about.

If you crave training, my best suggestion is to check out your union locally. Yes, some of the people there might be silly and self important buffoons (but they appear everywhere), but most are people with their ear to the ground. At the local level, they are your colleagues; they speak your language, but they also have the logistical support to show how your situation fits into the greater scheme of things. They have behind them decades of experience of how the world shapes your workplace and life. And how to fight back.

Yes, some of my co-workers are self important fools as organizers. And, as in France, there are several competing unions, I leave to imagine the hostilities between them. But unions as a whole have learned a lot from previous events. In 1995, a major strike broke out to fight the pension revision plan. It lasted a month, but it also sustained itself because it work from the ground up. Each local telling the general Union how to behave. An interesting prequel to OWS, in a way...

I might even add that the source of your problems might not have been with the stated goals of the seminar, but with the person in charge of running the seminar. It is not an innate talent to teach.

If the Dem's start snooping around, fishing for votes, don't slap them away, coopt them: you have the whipping hand and can shape the party's objectives. It's up to you to tell the party what ideas it should have, not the other way around. It's what the Tea Party did to the Republicans. Democracy thrives on debate, not consensus. to face radical Republican, we need radical Democrats.

It is an interesting opinion that I've noticed among my colleagues, and often those on the left (but are my colleagues, albeit working class, on the left?):  those who hold power of any kind are selfserving and dangerous...

Part of what OWS is about is wrestling power from the elites. But that will never happen if you are not willing to touch the very levers of power at your disposal.


And that the elites don't hesitate to use. It often leaves me dazed to see that people can at the same time think that politics are useless and not wonder why the wealthy pump such collossal sum into the process.

The essence of the Occupy Movement, the 99% and any other of the similar movements, be they politically affiliated or not, is the inalienable Right to the Pursuit of Happiness. That means taking your life back, not fun and games, not playing Beatnick facing off against a Cop.

It means finding your purpose in life and then offering that purpose to fill the needs of the Collective Good.

mercredi 25 janvier 2012

After the Vacation

Back to work...

Vacations are fun. You leave everything behind and then come back with the view of life anew. Everything will come out great. You're batteries are charged and the world is off to a fresh start.

Then, of course you get back. After the Christmas break, it's even worse. Christmas is fun, no doubt, but what with the excitement of shopping, wrapping presents, seeing them ripped open in the blink of an eye, seeing parents cousins in-laws, eating tremendous amounts of food, and then starting all over again a week later with the New Year, it is easy to realize that the Christmas break is the one break you come out of more exhausted then when you went in!

Coming back though let you start afresh, and the best way to start is to tally up the last year. 2001 was an interesting year. The high water mark of the Tea Party, the Occupy movements, the Indignados in Spain, the Greek revolt and the British riots are all huge signs telling the elites that they have gone too far. Some countries have taken matters into their own hands. Iceland has told the IMF and the European Central Bank to go climb a tree (which, in Iceland, would take some doing, as there are no trees). They then indicted their top bankers and rewrote their constitution - online. Argentina, I hear, did something similar, and while thing are far from perfect, their economy is booming. Whereas the rest of the world is staying the course, maintaining austerity policies - and seeing their economies tank.

Jobs (Steve) and remembrance

Steve Jobs' death is somewhat symbolic in that he was the last entrepreneur (Gates has retired and the rest of manufacturing are held by corporate entities). He actually wanted to make things that would change the way people interact. and he did it. He was willing to risk his shirt and even lost it at times but always came back up, dukes in the air and ready to take on the next fight. No single person did more to make a computer personal. Now he's gone and we're left with a bunch greedy morons who haven't figured out that if the bottom line represents only money, they have created nothing but extensive arithmetics.

2011 should have trundled out a long lists of commemorations, but that didn't happen.

2011 is a decade mark for the the two most defining wars in American history.

It was the 150th anniversary of the Civil War (or the War between the States, or the War of Secession, depending on who's talking). That war essentially changed how the United States defined itself as a nation. The term United States went from being a plural subject to a singular subject. We say 'the United States is the last Super power'


2011 is the 70th anniversary of the bombing of Pearl Harbor, which brought the United States into World War II. Good or ill, it forced the United States to state that fascism (and not communism) was the greater threat to freedom. The fall out of the war was a restructuring of the World's political and economic structure, creating the most stable and vibrant society in centuries.

The only commemoration we did discuss was the tenth anniversary of the fall of the twin towers. It is interesting to compare how we reacted to both attacks. In 1941, America went to war, but not with out raising the sunken ships and realigning the entire society for a long hard war. In 2001, we sent a few battalions and put the entire invasion on a credit card. And Ground Zero is still a hole in the ground today.


In the week of 9/11, or, if you will, 9/11/11. Time magazine devoted an entire edition to the event. The most startling article was the closing editorial that chanted 'nothing has changed'. This, in and of itself is a surprising statement. The first thing that 9/11 proved was that the US security system is so dysfunctional that the government can't get the various agencies to work in concert, and therefore felt the need to create yet another agency, the Department of Homeland Security. We are so constantly subject to unwarranted searches that we don't even notice them. for now, all we have to do is take of our shoes in the airport. I'm waiting to find out when we'll have to strip naked to buy a postage stamp.

While waiting, Obama just signed into law the permission to use the army to clamp down on terrorism at home and indefinitely detain US citizens without charge. Indeed hardly anything has changed. We just trashed the very meaning of the US Constitution and have paved the way for a military dictatorship, but that is only consequential.

The other comparison is how well organized we were for World War II and how badly the War on terrorism has been botched. Eighteen months after entering, America had stopped Japanese expansion at Midway AND established an effective foothold in North Africa, launching the invasion of Italy.

After ten years  the two official wars (well as close as we will ever get. Congress needs the threat of a filibuster in order to decide to pee;I shutter to think of the covert operations we are undertaking) have all but hijacked our system of government. We entered the war without an objective - the proof of which being that the ostensible objective, the elimination of Ben Ladden (and that took seven years) has done nothing to change the course of the war. The troops we sent over there were ill equipped and ill prepared to fight such a war, and the home front was ostensibly shut out from any real participation. The public has been asked to go on with business as usual, which basically amounted to spending with reckless abandon.


Thrift and the deficit

We have conveniently forgotten the meaning of the word thrift or effort. I'd like to remind the few of you who are still reading that when Clinton left office, our budget showed a surplus. By the time the Twin Towers were hit, our new President had turned that surplus into a deficit that profited nobody except a few of his cronies. It is surprising to note that I have never read, seen or heard any one ask this annoying question: how are we going to pay for the invasion of Afghanistan?

After eight years of reckless abandon, our banks finally imploded. Our new President, it turns out, had the right idea, was given an overwhelming mandate to put that idea into practice and then was torpedoed by his own team. With political friends like that, who needs enemies? They liked the 'bail out the banks' idea, but somehow never managed the pesky problem of making the banks do their jobs. We bailed out these afore mentioned banks with almost three quarters of a billion dollars (gee where did that come from?) with no strings attached.  And now our monument to LaLa Land Journalism, Time magazine is asking why the banks are still not doing there job? Well, who told them to?

And so of course, there is the new deficit to think about. This of course drive me to a dither. As a unionist, I always come up against the same answer: the deficit. Whenever I talk to anybody about doing something to raise wages, improve working conditions, or just simply make sure we can take our vacation next year I hear a long sigh followed, by 'yes, but there's the deficit'. There's no money so we don't have a prayer. Perhaps, but remember that for the last forty years we have almost incessantly reduced public income and expanded public expense, and most interestingly not for public needs. The corporate elites get great break when they jet set around the country (of course it makes a lot of sense to travel in jets. No one with an ounce of sanity would use our roads!)

So while you spend your time wondering why you can't pay the rent or get a better job, because that will ony happen with the Second Coming, let me at least wish you all a Happy New Year...

jeudi 22 septembre 2011

Aventures et avatars du court Métrage



Aucun autre format n’a autant subit les vicissitudes du cinéma que le court métrage. Pourtant à l’aube du 7ème art, seul le court a accès au grand public. A cette époque, on loue les films au mètre, et ainsi une salle peut plus facilement varier son offre. Le conservatisme des dirigeants fait le reste. Selon eux, le publique n’acceptera pas qu’un film ne dure plus de dix minutes, soit la durée d’une bobine de film. Le premier « Trust », formé par Thomas Edison, s’assure que tous suivent la règle du tout court. Que l’on ne s’y trompe pas : Méliès et Pathé siégent au Trust ; il s’agit d’un monopole d’envergure mondial.

C’était le bon vieux temps, l’age d’or du court. Tous les grands cinéastes de cette première époque font leurs gammes sur le court. Griffith en tourne deux par semaine pendant sept ans avant de ruer dans les brancards – et de se cacher en Californie pour tourner son premier long métrage. Et quel long ! Ce sera La Naissance d’une Nation[1], au succès phénoménal qu l’on connaît. Ce sera par le biais des longs métrages que les futurs majors parviendront à abattre le Trust. A la fin de la  première guerre, tout le monde tourne des longs métrages, comme si on en faisait depuis le début.

Assez vite, le court est relégué au second plan, et devient un amuse-gueule qui apprête le grand film de la soirée. Ces grands films sont souvent des aventures ou des mélodrames et le court se transforme alors en amuse-gueule comique. Ce seront les auteurs comiques qui accèderont en dernier au statut principal que confère le long métrage. Le projet initial de Chaplin pour Charlot soldat est de faire un long mais il n’arrivera pas à trouver le soutien nécessaire, et le film sera réduit à la durée qu’on connaît. Chaplin devra attendre 1921 pour imposer le Kid en six bobines (soit une heure de film).

Si le court perd la première place dans les salles, cela lui permettra une large marge de manœuvre expérimentale. Le court est en somme forcé d’être plus audacieux que le long. Ceci est particulièrement visible dans le domaine de l’animation. Alors que le procédé technicolor est mis au pont dès 1925 avec la couleur à deux bandes, suivi de la couleur à trois bandes au début du parlant, il ne doit sa survie qu’à son utilisation dans l’animation et en particulier à Walt Disney. Dès le début de la deuxième guerre mondiale – et vingt cinq ans avant la fin de l’usage régulier du noir et blanc dans le long métrage – les dessins animés ne seront tournés qu’en couleur.

Le court – même en animation - finira par être exclu du grand écran. Aujourd’hui, plus aucun film n’est précédé d’un court métrage (il y a même un groupe sur Facebook qui cherche à rétablir le court au début des séances). Cette exclusion est pour ainsi dire institutionnalisée, lorsqu’on sait que seul un court agrémenté d’une « autorisation de production » peut être diffusé en salle. Seul un film tourné par une société de production dûment constitué, avec un capital de base (une bagatelle de 8000 €- qui ne compte pas pour le tournage soit dit en passant), capable de payer, au tout au moins offrir un « intéressement » à son équipe et aux acteurs, peut prétendre à une telle autorisation. Or, quel financier sain de corps et d’esprit serait prêt à capitaliser un projet qui n’a aucun débouché apparent ? La mise en place du court est de ce fait dominée par le système D[2].

La disparition progressive de l’accès aux salles se fait en même temps que l’arrivée et la monté en puissance de la télévision qui devient le débouché privilégié du court métrage. Le court était, on peut presque dire par nécessité, à l’avant garde du développement de ce médium. Mis au point à la fin des années trente, la télévision fait son apparition dans les foyers à l’issue de la Guerre. Le court devient par sa taille, sa souplesse et sa variété, un candidat idéal pour nourrir les premières diffusions télévisuelles. Parmi les premiers « classiques » de la télévision, on trouve plusieurs séries d’anthologie de court-métrages,  comme La quatrième dimension. La télévision s’est nourrit de ces rebuts du cinéma : Le journal télévisé, le vaudeville (Le plus grand Cabaret du monde), le documentaire, la série à personnages récurrent (La petite maison dans la prairie). Le court se voit concurrencé par cette dernière. Les deux formats de fictions coexistent jusqu’aux années soixante-dix, avec à l’époque quelques tentatives curieuses d’hybridation, comme la Croisière s’amuse.

Le court sera enfin de compte chassé du petit écran. De nos jours il n’en reste que des vestiges, comme la collection schlussklap d’Arte. France3 en diffuse dans la nuit, ou au petit matin, c’est selon, un peu pour égaliser ses horaires. Le court métrage, pour subsister, doit de nouveau chercher un territoire pour s’implanter. Il découvre un nouvel essor sur l’internet, qui a cette particularité que tout lecteur devient un auteur potentiel, tout spectateur un cinéaste en herbe. L’internet est le médium de l’émulation permanente. On se souvient de la conversation entre Picasso et Braque au début du siècle dernier : par cette conversation les deux artistes ont progressé à pas de géants ; de cette conversation est né le cubisme, et pour ainsi dire tout l’art du vingtième siècle. L’internet permet non seulement à deux artistes de se confronter, mais toute une génération d’artistes de développer leur médium de choix : le texte, la musique, la photo, le jeu de rôle,  le cinéma et de le présenter instantanément à son publique.

L’internet est le médium de l’expérimentation, est donc le médium idéal pour le court métrage. Car le court est le format de l’expérimentation cinématographique. Le court est en fin de compte plus exigent que le long. Comme une nouvelle en littérature, le court n’a pas le luxe du temps mort narratif. Les personnages et la situation doivent être campés immédiatement, le discours doit aller droit au but. Le court ne peut pas supporter un plan inutile. La cheville visuelle est autant à proscrire dans le court que la cheville métrique dans le sonnet. C’est dans ces courts que Griffith a exploré les possibilités du montage et du cadrage. C’est dans les courts que Chaplin a développé Charlot. Le long peut amplifier les découvertes du court, mais c’est dans l’économie des moyens que le court justifie tous les audaces. Enfin, un court métrage n’est pas une ébauche, mais un film à part entière.

Ce dont souffre le plus le court métrage, c’est le silence assourdissant dont l’entoure la presse cinématographique généraliste. Le court a des revues qui lui sont consacrées tel que Bref, éditée par l’agence du court métrage, mais rares sont les magazines tel que Positif ou Première qui lui consacrent une page, un article ou encore moins un dossier de presse, si ce n’est pour pleurer sa disparition.

Il serait en revanche prématuré d’en faire sa nécrologie. Faire un court est un parcours de combattant ; une fois terminé c’est un nouveau parcours de combattant pour le diffuser. Mais on ne cesse de tourner des courts métrages. Cette rage de faire se dédouble d’une inventivité sans bornes. Ce n’est pas le nouveau blockbuster, mais dans le court que l’on découvre l’ordinaire de demain. 

Regardons de plus près ce vénérable gaillard qui a découvert la fontaine de jouvence.




[1] Notons, pour l’exactitude historique, qu’il ne s’agit pas de son premier long métrage, encore moins le premier long métrage de l’histoire du cinéma. Les italiens, dès les débuts de la deuxième décennie, se mettent à tourner de somptueux péplums qui marqueront fortement Griffith. Son premier long sera en fait une histoire biblique Judith and Bathseba mais qui sera interdit de diffusion par sa compagnie la Biograph, qui en tant que membre du Trust ne sort que des courts. La Biograph sortira le film un an plus tard à la suite du succès de Nation.

[2] Il est permis de penser que plusieurs manuels de production présentent cette politique comme la norme. Il suffit d’une lecture en diagonale des pages sur le financement dans le fascicule intitulé Produire des courts métrages par Céline Maugis (édition « collection tournage ») pour montrer comment financer un court est un véritable château de cartes : Céline Maugis commence par le financement public, c’est à dire les régions et le CNC (met omet le fait que le CNC ne traite qu’avec des sociétés de production - voir plus haut), et parle ensuite des institutions prives, en particulier les chaînes de télévision, où elle conclu avec la phrase suivante : « la plus grande partie de ces sommes vous sera versée une fois le film achevé » (page 49). Je croyais qu’elle parlait du financement d’un projet… On ne prête qu’aux riches, après tout…


lundi 30 mai 2011

Alice Guy au Musée d'Orsay

L’Inventeur du Cinéma

Ce serait une erreur de dire d’Alice Guy qu’elle est la première femme cinéaste. Cela laisse sous-entendre qu’il y avait un homme qui l’a précédée. Ou dix. Ou cent. Mais quel homme l’a précédée ? Les frère Lumière ont tourné des films pour vérifier et faire valoir leur invention, le cinématographe. George Méliès se procurera à son tour un cinématographe pour l’utiliser comme extension de son spectacle de magie. C’est Alice Guy qui la première aura saisi la véritable importance de cette nouvelle technique : les images en mouvement sont un moyen d’expression, un médium de création autre, qui aura ses codes et ses significations. Sous la main d’Alice Guy, le cinématographe devient le cinéma.
Il est bien sûr difficile d’établir une chronologie exacte des débuts du cinéma. Nous avons perdu près de neuf dixièmes de tous les films de l’époque du muet. On en retrouve, on en restaure, et on réédite ces films petit à petit, mais il faut se résigner au fait que la majeur partie des premiers films sont à jamais perdus. A cela, il faut ajouter que les listes établies à l’époque même sont le plus souvent approximatives. Il est du coup difficile de fixer qui a fait quoi aux débuts du cinéma. De son propre aveu, elle n’a pas fait le premier film de fiction : elle fait même remarquer que L’arroseur arrosé des frères Lumière précède ses propres films, ainsi que les films de fiction de Méliès.
Mais à regarder le film des frères Lumière, on s’aperçoit que le film ne dépasse pas l’anecdote. Or qui, sinon Alice Guy, est la première personne à remarquer que ce qu’on voit et ce qu’on regarde ne sont pas la même chose ? Dès ses premiers films, la tension entre ces deux niveaux de lecture est apparente. Des films datant de 1898 illustrent déjà des thèmes récurant dans l’oeuvre d’Alice Guy : le travestissement et les présupposés inhérents aux apparences. Chez le magnétiseur montre un hypnotiseur que subjugue une jeune femme, puis à l’aide de magnétisme la déshabille, pour nous faire découvrir que la femme est un homme. Dans L’Utilité des rayons X, une femme enceinte se fait interroger par la douane, qui la passe aux rayons X. On découvre alors que son ventre est plein de contrebande. La ‘femme’ est alors déshabillée et sa contrebande saisie, par un procédé d’arrêt sur image. Le film truqué à la manière de Méliès est ici utilisé pour démontrer qu’il ne faut pas se fier aux apparences(1).
Un autre exemple, que l’on peut voir sur l’internet : deux personnes font des pas de danse et finissent en s’embrassant : cela peut paraître anodin, sauf que l’une est femme en habit de femme, et l’autre est une femme en habit d’homme. Que regarde-t-on ? Le site web où l’on peut trouver le film le présente sous le titre de ‘Alice Guy lesbienne’. Mais l’appellation est réductrice. Alice Guy était tout à fait consciente de cette tension, mais ce n’était pas le coeur de son propos. Elle s’intéresse plutôt à nos perceptions des rôles des uns et des autres dans une situation donnée.
L’usage du travestissement n’est qu’un moyen dans son arsenal pour souligner le caractère anti-naturel de ces perceptions. La simple lecture du scénario d’Algie the Miner, tourné en 1912(2), montre comment elle se sert de la tension homosexuelle pour démontrer comment la société impose des rôles aux sexes. Au début du film, Algie est un homme efféminé, et le père de sa fiancée ne veut pas d’un tel homme comme gendre. Il accepte la demande en mariage pour sa femmes seulement si le jeune homme part à l’Ouest pendant un an pour
devenir un homme. Là, le jeune homme rencontre Big Jim, qui le formera à une vie masculine. Les deux hommes feront fortune et à la fin du film, Algie viendra reprendre sa promise, en tirant dans l’air et en exigeant ce qui est son dû. Alison McMahan considère que la présence de la promise n’est qu’un prétexte un ‘cache sexe’ pour parler d’une histoire d’amour entre deux hommes(3). Il me semble plutôt que la présence de la femme est essentielle. Chez Alice Guy, les rôles des sexes sont prédéterminés : nous nous conformons à des codes de conduite.
L’idée de perception ne se cantonne pas simplement aux sexes et peut prendre une dimension social. Le Billet de Banque tourné en 1907 annonce sur bien des points les films de Chaplin huit ans plus tard, autant au niveau stylistique que thématique. Dans ce film, un clochard sauve un couple de bourgeois de l’agression de malfrats. L’homme le remercie en lui donnant un gros billet. Notre clochard commence par s’arrêter à un café pour commander une absinthe, quand il doit payer, la tenancière refuse de croire qu’il s’agit d’un vrai billet, et lui demande de partir. Il va ensuite à un restaurant, où il commande un repas entier. On refuse de croire qu’il peut payer et on le porte au juge, qui le relâche. Il finit par piquer les habits d’un autre bourgeois, mais oublie de prendre son billet. Il retourne au restaurant et on lui sert un autre repas. Quand il faut payer, il ne trouve plus son billet, et se fait conduire (nuance) devant le juge. Où il retrouve le bourgeois en train de porter plainte. Le juge lui ordonne de rendre les habits, mais aussi lui fait de la monnaie. Dans ce film, seul le juge voit le clochard à sa juste valeur. Chez Alice Guy, comme chez Billy Wilder trente ans après, l’habit fait le moine.
Dès le début, les films d’Alice Guy sont ouverts à des interprétations multiples. Cette question de la perception traverse l’oeuvre de Guy. Peut-on attribuer à Méliès ou aux frères Lumière une thématique aussi sophistiquée ? On peut avancer qu’Alice Guy est la première personne dont la signification de l’oeuvre ne se résume pas à l’anecdote des films. Si au début de sa carrière elle participe a l’effervescence créative des premiers temps, où les films sont tournés et copiés les uns par les autres au point qu’aujourd’hui encore on se perd dans la primauté créative d’un cinéaste ou d’un autre, on peut constater dès les premiers années du siècle dernier que les films de Guy prennent une vigueur inattendue, souvent préfigurant les films de la décennie suivante(4). En premier lieu, le cadrage se resserre très tôt chez Alice Guy. Car au début du siècle Léon Gaumont met au point le chronophone, un système pour synchroniser le son et l’image. Il se tournera vers elle pour lui demander de prendre la responsabilité du tournage des films sonores. De 1902 à 1907, elle tourne plus d’une centaine de films sonores pour mettre en valeur la nouvelle technique. Pour faire sentir que c’est la personne à l’écran qui chante, la première chose à faire est de rapprocher la caméra. Du coup, elle utilise le premier plan américain. La trouvaille est capitale : ce plan lui permet de se rapprocher du sujet, sans pour autant perdre de vue le contexte.
Elles seront ensuite appliquées aux autres films qu’elle continue à tourner à l’époque : Madame a des envies est probablement le premier film à utiliser le gros plan dans le déroulement du film. Ce film reprend l’idée qu’une femme enceinte a des envies soudaines. Tour à tour, la dame en question pique une sucette à une fillette, un verre d’absinthe à un bourgeois, un hareng à un clochard et une pipe à un colporteur. On voit en gros plan comment elle profite de ses prises. Son mari, qui pousse une poussette qui contient leur premier enfant essaye d’arranger les dégâts et de raisonner sa femme. La sucette étant particulièrement suggestive, on peut se demander si toutes ses envies sont des envies refoulées. Ce que l’on peut voir surtout c’est que Madame se permet les mêmes attitudes libres qu’ont les messieurs.
Curieusement, Alice Guy n’est pas convaincue de l’efficacité de ce gros plan. La courses aux saucisses s’en moque en montrant en gros plan, au début et à la fin du film, le héros de l’histoire : un chien (une parodie directe du Great Train Robbery d’Edwin S. Porter) Le gros plan appelle le montage, c'est-à-dire la mise en relief de détails importants dans le film. Elle préfère maintenir le plan large, qui laisse au spectateur le droit de choisir ce qui importe dans la scène. Peu après Madame a des envies, et un an avant l’Assassinat du Duc de Guise par Méliès, Alice Guy tourne sa Vie du Christ. Ce film dure 40 minutes et se développe en 25 tableaux (qui pouvaient être distribués indépendamment) inspirés de tableaux de maître tel que Gérôme, Laurent ou Doré, mais elle suit en particulier un livre des Evangiles illustré par James Tissot. C’est un film digne de Cécil B. Demille, avec des centaines de figurants, de somptueux décors et un travail sur l’éclairage inédit, qui met en valeur les fonds de scènes en même temps que l’action principale.
Dans ce film apparaît un geste, qui peut paraître anodin, mais qui est capitale : un panorama, c'est-à-dire la caméra qui pivote sur son trépied pour suivre l’action. Ceci permettra à Alice Guy de développer un cinéma sans coupe, qui laisse primer l’action devant la caméra plutôt que l’intervention du réalisateur. Six ans plus tard, aux Etats-Unis elle tournera l’Américanisé. L’histoire d’un émigré russe qui brutalise sa femme jusqu’à leur arrivée en Amérique, où l’on ne tolère pas de pareille conduite. Dans ce film, la caméra suivra le mouvement des personnages, mais les coupes seront réduites au minimum, soit que la situation change, soit que le cadrage exige un changement de plan. Au milieu du film, à force de brutaliser sa femme, le mari sera conduit en justice, où une longue scène en un plan unique montre la condamnation du mari. Tout ceci n’a rien d’un atavisme vieillot, comme si elle ne pouvait se défaire de ses premières méthodes ; il s’agit plutôt d’un choix délibéré. Ce choix, qui pouvait paraître normal six ans plus tôt devient ici audacieux : Alice Guy peut ainsi juxtaposer dans le même plan l’interrogation du juge, la violence du mari, l’évolution libératrice de la femme, l’indifférence des avocats, l’agressivité des jurés et de la salle… On ne peut que rêver de ce qu’elle aurait fait avec une grue. Si Griffith montre la voie à Eisenstein et les cinéastes russes, Alice Guy annonce de son côté John Ford, Jean Renoir et Orson Welles.
La Vie du Christ souligne un autre aspect de la carrière d’Alice Guy, celle de gestionnaire. En effet, Alice Guy avait commencé sa carrière avec cet aplomb qui lui sera coutumière : en se présentant aux bureaux de Léon Gaumont, on lui fait savoir qu’elle est bien jeune pour un poste d’une telle importance. « Oh, mais cela me passera » dit-elle. Devant une telle évidence, on accepte de la prendre(5). Gaumont n’avait jamais fait de si belle embauche. Elle sera vite la directrice de son bureau, tout en se lançant dans la réalisation de petits films. Ce sera elle qui tournera tous les films de fiction chez Gaumont jusqu’en 1905, l’année de la création du plateau en verre, qui permettra une augmentation de la production. Cette même augmentation de la production la poussera d’abord à embaucher un assistant, et puis à diviser le travail. Alice Guy, tout en continuant à tourner ses propres fils se trouvera à la tête du studio, avec plusieurs réalisateurs sous ses ordres en tant qu’‘assistants’, et elle-même répondant directement à Léon Gaumont et aux administrateurs de la société6. L’ampleur de la Vie de Jésus est particulièrement intéressant, car elle utilisera toutes les ressources à sa disposition. Il y aura un chef décorateur, Henri Menessier, un assistant réalisateur (avec le boulot de réalisateur de deuxième unité ou second unit director, comme on dit en anglais), Victorin Jasset, et un chef opérateur, tous sous les ordres d’Alice Guy.
Cette organisation lui sera d’un secours certain lorsqu’elle prendra en main son propre studio en Amérique. Mais avant de partir, elle aura eu le temps de former toute la génération qui suivra, et en particulier Louis Feuillade.
Alice Guy continuera à tourner jusqu’en 1920. Aux Etats-Unis sa compagnie, Solax Films commencera par faire face avec succès au puissant Trust Américain dirigé par Edison (et dont fait partie Méliès). Ses méthodes de gestion par une division coopérative du travail précèdent ceux de Thomas Ince. Vu le succès de l’entreprise, on peut se demander si ce dernier ne s’en est pas directement inspiré. La Solax fusionne avec l’entreprise de son mari la nouvelle entreprise travaillera avec la compagnie Famous Plays and Players, qui deviendra la Paramount quelques années plus tard. En somme, elle fait le lien entre les premiers films et l’ère des studios. Et elle sera la première à créer et utiliser des stars, ce qui est une autre façon de jouer avec la tension entre ce qu’on voit et ce qu’on regarde. Aucun autre cinéaste de cette première génération n’aura tenu aussi longtemps.
Vers la fin de sa carrière, elle se plaignait de douleurs au bras ; elle aura divorcé de son mari avec qui elle avait auparavant un mariage atypique d’égaux qui pouvaient compter l’un sur l’autre. Le divorce entraîne la dissolution de son entreprise. Fatiguée, elle avait alors décidé de retourner en France. Quelques années plus tard, elle proposera à nouveaux ses services à la Gaumont. Toute l’industrie cinématographique française est au point mort après la guerre. La société lui demande de vérifier l’état de leurs plateaux dans le midi, et elle constate le besoin d’investissement pour les remettre en état. La Gaumont lui propose de participer financièrement à cette tâche, mais elle n’en a pas les moyens. En bref ils lui proposent de payer pour travailler. Cela marque la fin de sa carrière.
Elle n’avait pas pensé à tenter ses chances à Hollywood, et c’est dommage, car on ne peut que rêver de ce qu’elle aurait put faire en Californie : de toute cette génération, elle aurait du être la seule personne qui après avoir assisté à la naissance du cinéma aurait assisté à sa maturité, avec une carrière aussi puissante que celle de Chaplin, son plus digne successeur, et aussi longue et diversifiée que celle de John Ford.
Mais ce qu’elle a réussi à faire est monumental. Sans Alice Guy, la Gaumont n’existerait pas aujourd’hui, et Léon Gaumont aurait été un inventeur parmi d’autres, tombé dans l’oubli. Il avait été coiffé au poteau par les frères Lumières avec leur cinématographe, puis par la vitaphone, dont le système de synchronie entre film et son réussissait sur la voie qu’il avait suivi : le son sur disque. Le son sur pellicule ferait le reste. Alice Guy, à la tête de la première génération de son activité cinématographique, établira le ton de la Gaumont. Et c’est vers la Gaumont et donc vers Alice Guy que les autres compagnies, et notamment Pathé frères, regarderont en cherchant à développer le cinéma narratif.
Vu le nombre de personnes qu’elle a formées ou seulement influencées, on voit que son impacte dépasse son oeuvre. Sa façon de travailler en collaboration, alors que la plupart des hommes de cette première génération travaillaient en solitaire, préfigure les méthodes de travail des grands studios : on peut avancer aussi que c’est elle qui a mit au point l’organisation du tournage au cinéma que nous la connaissons aujourd’hui : bien de ses élèves, en France comme en Amérique exporteront ses méthodes de travail.

« Il me semble qu’on pouvait faire mieux (7)», disait elle en parlant des films de son époque. Elle a fait en effet beaucoup mieux. Car alors que nous admirons les Frère Lumières et Méliès pour avoir fait les premiers films, c’est à dire pour avoir montré que nous pouvons faire bouger les images. Avec Alice Guy on découvre que ces images peuvent avoir un sens.
A la différence de ses contemporains, nous pouvons étudier les films d’Alice Guy avec la même attention que nos prêtons à Griffith, Chaplin où à Renoir.
Sans Alice Guy, le cinéma n’existerait pas.
_________________
1 Cf. Alison McMAHAN: Alice Guy Blaché Lost Visionary of the Cinema, page 18.
2 Cf. Alison McMAHAN, ibid., page 222. Elle signal, d’après la biographie de Victor Bachy Alice Guy, première femme cinéaste au monde, que le film est officiellement tourné par Edward Warren et Harry Schenck. Alice Guy occupait la tâche de ‘producteur et superviseur de la direction’. Elle en avait donc le contrôle du contenu.
3 Alison McMahan, ibid, page 224
4 Il est intéressant de noter l’article de Robert de BEAUPLAN signé le 9 Novembre 1935 dans le Journal l’Illustration. L’auteur appelle les dix premiers années du cinéma « une grande médiocrité ». Pour lui, seul Max Linder sort du lot. Mais il oublie que Linder aussi a bâti ses films sur les films précédents, souvent en faisant des remakes des films d’Alice Guy parmi d’autres.
5 Cf. Le Jardin Oublié, film de Marquise Lepage
6 Alison MacMahan, ibid., page 120
7 Cf Le Jardin Oublié, film de Marquise Lepage

mardi 3 mai 2011

Now What?


So, Ossama bin Laden is dead, they say.

They say it was over in forty minutes, with a bullet in the brain of the Archdeacon of Evil. A hit worthy of a Tom Clancy novel or a blckbuster movie (you can bet dollars to doughnuts that it'll be both within eighteen months). Two helicopters and a couples of platoons.

Damn.

They should have done that seven years ago. But they didn't. Or more precisely we didn't. Instead, we spent billions of dollars inventing new forces such as Homeland Security, expanding old forces such as the CIA or even the FBI and developping pivate forces to insure our protecton in airpots and other public places. We spent more time and energy policing ourselves than fighting terrorists.

And finally we invaded a country that had nothing whatsoever to do with the inital act - knocking down the Twin Towers in New York - in the first place. All the while continuing to build and stockpiles fleets of ships aircraft and quite an assortment of weapons that will serve no purpose in the task at hand, and be obsolete before they can ever be of any use.

What has that given us? Very little peace: The US alone is waging three wars, France has sent troops to several nations in Africa, and I don't want to guess at what the rest of the world is doing. and it has certainly given us no sense of security. Quite on the contrary. We can no longer meander in a museum without first submitting to a search of our belongings; places like the Sorbonne, which not so long ago allowed anyone to come admire the beautiful, wood panel amphitheaters, now demands that anybody entering show proper ID. We have to take off our shoes before boarding a plane; I wouldn't be surprised if we won't soon be asked to strip naked and wear only company approved garments. Once we could take a plane the way we took the subway; soon we will have to take the subway the way we take a plane.

Because nowadays everyone is a potential terrorist. That person standing next you in the bus a probably going to bomb the nearby department store. The guy in the big coat is probably going to splatter bullets in the mall. Those young people are most certainly going to raid a museum. Not ot mention all those goons who trashed the stadium.We are no longer taught to love our neighbors but to fear them.

None of this was ever inevitable. If we had spent our money on schools and hospitals rather than wars and weapons, we might have been able to detect the aspirations, the angst and the needs of a young man who instead was ignored and eventually opened fire in a mall, severely wounding a congresswoman, and killing several others. If we had developed a foreign policy that truly demanded from others a level of decency that only in truth receives lip service, maybe we wouldn't be subject to the whims of extremism, dictatorships and terrorists. If we had chosen energy and economic policies that truly favored both personal independance and environemenal sustainability, we would not be seeing our influence and importance vanish as it is vanishing today.

But we chose a different path, one of personal greed and collective contempt, predicated on fear.

Bin Laden may be dead, but is we who have been defeated.